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"Accompagnateurs énergie", un nouveau métier du social

Ce sont un peu les « Docteurs House » de la facture d’eau, de gaz ou d’électricité. Ils visitent des appartements ou des maisons, discutent avec les occupants, descendent dans les caves et auscultent les compteurs. Ils tentent de comprendre pourquoi une facture est si salée et pourquoi les familles les plus fragilisées se retrouvent souvent au centre d’une spirale budgétaire qui conduit à l’endettement et à un appauvrissement plus grand encore.

Ils sont cinq et on les appelle les « Accompagnateurs Energie ». Attention, le masculin est trompeur car ce sont en majorité des femmes qui sont en train de créer ce nouveau métier du social. Un drôle de métier, à vrai dire puisqu’il en mêle beaucoup d’autres. Pour devenir « AE », il faut en effet pouvoir être tout à la fois juriste, technicien, médiateur et bien sûr travailleur social. Mais surtout pas expert. Une approche globale nécessite plutôt une vraie polyvalence, acquise après une formation importante qui permet à des travailleurs sociaux de s’emparer d’un secteur laissé jusque là en déshérence.

« Avant, lorsque quelqu’un se présentait dans un service social avec une facture qu’il jugeait trop élevée, on interrogeait seulement le montant. On aidait à apurer la dette, mais le problème ne se réglait pas parce qu’on avait réglé la facture. L’histoire se répétait et personne ne trouvait de solution », dit-on au Service Energie qui mène ce projet innovant.

L’idée de s’adresser directement aux ménages et de tenter de comprendre avec eux ce qui pose question dans leur facture est venue naturellement. « Depuis la libéralisation de l’énergie, la complexité administrative et la multiplication des acteurs a rendu la résolution des problèmes d’autant plus difficile. Et bien des gens se trouvaient ainsi privés de leurs droits essentiels à pouvoir se chauffer, se laver et cuisiner ». Des propriétaires qui survendent l’électricité à leurs locataires dans des logements déjà insalubres, des gestionnaires de réseau qui se trompent dans leur lecture des compteurs, des fournisseurs qui ne proposent pas de tarifs préférentiels, des consommateurs qui sont incapables de faire le lien entre le montant de la facture et le mode de consommation : tout cela demande à être investigué et analysé.

« Cette dame qui payait depuis plusieurs années la facture de son voisin, pour la raison qu’on avait inversé les compteurs à leur ouverture, est un assez bon exemple de ce que l’on rencontre. Il faut pouvoir déceler un truc pareil. Mais on rencontre bien pire. Je pense à ce monsieur qui jugeait sa facture totalement démesurée et ne comprenait pas pourquoi ses charges augmentaient. Une seule rencontre a suffi pour s’apercevoir que cette personne, handicapée, n’avait pas la capacité physique de baisser son thermostat. Le rôle d’un AE n’est pas de constater une situation mais de la changer. On a donc fait placer des vannes plus adéquates. »

Fin de l’histoire ? Non, début d’une analyse. Pour un ménage précarisé, l’état du bâti représente 70% du montant de la consommation. Le reste, résulte de son utilisation personnelle. Inutile alors de stigmatiser les plus pauvres, quand c’est l’état du parc locatif qui est en cause. Une question qui, finalement, touche aussi aux problématiques environnementales. Au mieux les logements seront isolés et aménagés, au moins la pression énergétique sera forte sur les plus précaires. Les AE ont suivi jusqu’ici environ 1000 personnes et sont bien conscients qu’il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg, car « il suffit de creuser un peu pour trouver des dysfonctionnements ». En moyenne, ils permettent d’économiser 500€ par an à chaque ménage qui les consulte. Ce n’est pas rien dans le budget d’un ménage précaire.

L’approche globale et intégrée que propose le Service Energie où travaillent ces AE donne donc de vrais résultats objectivables et reproductibles qui pourraient faire école dans d’autres pays européens où la situation est comparable… Bien entendu, les propriétaires et les fournisseurs ne sont jamais très contents du diagnostic que leur présentent les « Docteurs House » de l’énergie et râlent souvent devant les coûts d’opération. Mais le but, comme on l’aura compris, n’est pas là. Il est de garantir l’effectivité des droits des exclus et des précaires. Ceux à qui, d’ordinaire, l’on ne s’intéresse pas et que l’on ne voit pas. Les invisibles aussi ont besoin de chauffage.

P. H., le 25/03/2015

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