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"Alors, la pauvreté, la faute à qui ?"...

Christine Mahy, Secrétaire générale du Réseau wallon de Lutte contre la Pauvreté était l’invitée du grand Oral RTBF/Le Soir (17/12/2016). Extraits choisis.

Au sommaire de l’émission, il était notamment question du 40ème anniversaire des CPAS, des impacts des politiques des différents gouvernements sur la pauvreté et de la situation des migrants et des réfugiés.

A l’entame du débat, "alors, la pauvreté, c’est la faute à qui ?", lance le présentateur Jacques Crémers, chef de rédaction de La Prem1ère/RTBF et présentateur de l’émission à son invitée, Christine Mahy. Ce à quoi elle répond :

"Aujourd’hui, les pauvres sont victimes d’un discours qui responsabilise à titre individuel les gens. Qui dit : ’c’est de votre faute’, c’est la méritocratie, c’est l’effort personnel, sans analyser la responsabilité sociétale qui crée le cadre dans lequel on peut se développer" (…).

J. C. : "n’y aurait-il pas de responsabilité individuelle ?"

C. M. : "Il n’existe pas de responsabilité individuelle. Il peut y avoir dans un parcours de vie des moments où on se prend les pieds dans le tapis, ce qui peut arriver à tout le monde, y compris à des gens extrêmement aisés. Mais si on a l’opportunité financière, relationnelle, de connaissance,… pour se faire soutenir, on en souffrira peut-être psychologiquement, mais les solutions seront là".

J.C. : "Ce sont les 40 ans des CPAS. Un anniversaire sur fond de contestation... (en référence au boycott de la loi mise en place par le le Ministre de l’intégration sociale, Willy Borsus (MR), voir photo ci-dessus). [1] Loi qui donne la possibilité aux CPAS, depuis le 1er novembre 2016, de proposer de s’engager dans un travail gratuit au service de la collectivité sociale. Ce service à la collectivité, qui pourra faire partie du contrat que tout nouveau bénéficiaire doit désormais signer avec le CPAS (le PIIS), veut permettre aux allocataires sociaux de raccrocher et de contribuer à la vie en société. Vous n’y croyez pas ?

C. M. : Nous n’y croyons pas, pourquoi ? Le revenu d’intégration sociale est le dernier revenu accessible pour vivre dans la dignité humaine et qui, au fil des années et des législations, a toujours été davantage conditionnalisé. Or quelqu’un qui passe la porte d’un CPAS – jamais par gaieté de cœur mais parce qu’il faut bien – sa première préoccupation est d’avoir une somme d’argent pour vivre. Rappelons que le revenu d’intégration sociale pour une personne seule, c’est 850 euros. On est dans des chiffres largement en-dessous du seuil de pauvreté (cohabitant, un peu plus de 500 euros, ménage, entre 1100 et 1200 euros, quel que soit le nombre d’enfants). Ces personnes sont déjà dans la combativité quotidienne pour survivre. (…)

Dans ces circonstances, la conditionnalité est problématique. Mais elle l’est doublement parce qu’elle va être introduite dans le Projet Individualisé d’Intégration Sociale (PIIS) et ce projet, s’il n’est pas respecté, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, est assorti de sanctions. C’est quand même dingue dans un pays qui garantissait une sécurité sociale à tout le monde, on la conditionnalise maintenant au point de pouvoir l’interrompre.

(…) On est dans quelque chose d’assez malhonnête en termes de rapports de force et de prise en considération de la difficulté de la personne qui est devant soi.

Le contrôle a clairement pris le pas sur l’aide. Hier, un directeur d’école sociale a pris la parole pour témoigner : « aujourd’hui, on est mal dans ce métier. Le métier d’assistant social a une déontologie d’accompagnement. (…) Or aujourd’hui, la question est « comment range-t-on les gens dans des cases en fonction de politiques financées dans des enveloppes pour les faire obéir par rapport à un cadre ?  ». On traite les gens comme des objets et non plus comme des sujets.

(...) La politique des CPAS aujourd’hui ne construit plus la sortie de la pauvreté, mais organise la gestion de la pauvreté.

J. C. : "Politique et pauvreté, quelles relation ? "

C. M. : (...) "Je regrette que n’arrivent pas au pouvoir des gouvernements qui décident de mettre en place l’objectif de la réduction des inégalités au cœur de toute leur politique, quelle que soit la couleur politique". [2]

J. C. : "Migrants et réfugiés "
J’ai une émotion terrible par rapport à ce qui se passe à Alep et par rapport à l’attitude de notre gouvernement, je ne sais pas si on se rend compte dans quel abîme humain ou « inhumain » on est… (…) On est entrain d’atteindre aux fondements essentiels de l’organisation d’une société solidaire.

S. Dev., CBCS asbl, le 22/12/2016

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