CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
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BIS n°173/2015 : "Au fil de la créativité"

Le fil rouge de ce BIS devait être la créativité, celle que l’humanité déploie depuis la nuit des temps pour avancer, pas celle qui sert de cache-misère aux manques budgétaires. Et pourtant tous ceux que nous avons rencontré et qui déploient des trésors d’imagination pour atteindre leurs buts, tous ceux-là préféreraient sans doute mettre leur créativité au service d’autre chose que ce pour quoi nous les avons interviewés.

Ils préféreraient sans doute écrire, dessiner, composer de la musique, faire des photos, des films d’art, cultiver leur potager, explorer de nouvelles voies, imaginer d’autres paradigmes, rêver.

En rédigeant ces articles, compte-rendus de ces rencontres, me revenaient en boucle les mots de Christine Mahy (directrice du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté) :
« Toute cette créativité que les pauvres mettent au service de la survie, et elle est immense…, c’est une énergie qui est perdue pour la société  »

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Ceux que nous avons rencontrés ne se battent pas pour leur propre survie, ils se battent pour une certaine idée qu’ils ont du vivre ensemble, du bien commun.

Peut-être qu’ils se battent pour la survie d’une idée.

Ils servent de « pansements » sur des plaies de plus en plus importantes, de plus en plus profondes. Ils le savent, ils le disent tous. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’ils émaillent leurs histoires de métaphores médicales.

Qu’est ce qui les motive ?
Un mot revenait en permanence lors de ces entretiens, le mot humanité. C’est une question d’humanité… c’est mon humanité… c’est notre humanité…

Des mots et des questions.
Sur le rôle de l’Etat, sur la pièce dans laquelle ils jouent finalement, en assumant ce que l’Etat ne fait plus, ou pas, ou pas assez.
Sur l’éventuelle instrumentalisation de leurs actions, tous ces petits pansements qu’ils distribuent et qui participent peu ou prou au maintien de la paix sociale.
Paix sociale ou anesthésie sociétale ?
Mais pour eux, comme pour tant d’autres, il y a urgence, alors ils sont là, dans la rue, sur scène, dans les réunions de quartier, dans les parcs,…

Ils sont là, tout à côté de ceux que l’on aimerait tant rendre invisibles, de ces autres qu’on aimerait tant garder ignorants, de ceux-là encore qu’on aimerait tant faire taire.
Ils sont là, avec leur énergie, leur créativité, leurs boîtes à outils.

Et ils bossent.
Ils n’ont rien à y gagner.

Plus tard quand ils auront un peu de temps, ils théoriseront peut-être sur ces moments où ils ont refusé de rester au balcon.
En attendant, et sans évacuer la question de la privatisation de l’aide sociale et de ce que cela dit du rôle régulateur de nos institutions, à travers leurs actions ils posent les seules questions qui vaillent : dans quelle société voulons-nous vivre ? Jusqu’où pouvons-nous accepter la souffrance de l’autre ?

Pour eux, il semble bien que les réponses soient claires.
Et créatives.

Martine Cornil, coordinatrice du dossier, pour le CBCS (12/2015)

Pour prolonger ce dossier

Chers Vous,

Je suis allée à votre rencontre avec peu d’apriori, si ce n’est celui de me perdre dans la complexité de vos abréviations, de vos acronymes, de vos pouvoirs subsidiants. Je ne me suis pas perdue, nous avons peu parlé de tout cela et, de vous connaître un peu mieux maintenant, je suis sûre que si cela avait été le cas, vous m’auriez tendu la main et remise sur le chemin, puisque, in fine, tenter d’empêcher les autres de se perdre c’est votre boulot au quotidien. Lire l’article

Trois kilos

La porte du dispensaire se referme sans un bruit. C’est un homme abasourdi qui en sort, ce matin de décembre.
Avisant un banc à quelques mètres de là, Didier passe son badge d’identification devant l’œilleton électronique qui y est intégré afin que s’abaissent les pointes en acier qui le garnissent. Lire le court récit d’anticipation