CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
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Développement durable et travail social : l’exemple de l’Ecocitoyenne

Terrain. Du 20 mars au 3 avril dernier, un projet centré sur la préservation de la biodiversité a été mené à Bruxelles. Une initiative innovante de l’Ecocitoyenne ASBL, grâce à un partenariat entre AMOS et le réseau Solidarcité.
Concluant.

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L’Ecocitoyenne, nouvelle asbl qui s’inscrit dans le paysage de la sauvegarde de la biodiversité en Belgique promeut le développement durable, sensibilise à la connaissance de nos écosystèmes, crée des synergies entre les milieux naturalistes et les autres acteurs de la société, particulièrement avec ceux, parmi ces derniers, qui n’auraient à priori jamais eu l’idée de collaborer un jour à une activité ou à un projet responsable et respectueux de l’environnement.

Ces acteurs, qu’ils soient institutions, entreprises, ou simples citoyens, ont trop souvent une vision tronquée du biotope dans lequel ils vivent, voir une idée très relative quant à leur impact sur la planète. Les moins informés, les moins intéressés, c’est ce public là que l’Ecocitoyenne tente de toucher en priorité…

Lier écocitoyenneté et travail social

Les plus observateurs d’entre vous, les plus familiers de nos confettis de nature bruxelloise, tous ceux pour qui le Moeraske et l’Hof ter Musshen sont le prolongement du jardin qu’ils n’ont pas, auront sans doute constaté durant ce début de printemps ensoleillé, que des petits travaux de gestions avaient été entrepris ci et là dans ces deux réserves naturelles.
Trois campements de « voleurs de cuivre » démontés, une mare creusée, des bûches empilées, des branchages évacués et des détritus ramassés.
Des travaux de gestion « habituels » en somme… Sauf que…

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Nos contacts avec le secteur social nous mis en relation avec Amos, une asbl active depuis des années sur le territoire schaebeekois qui a pour but l’accompagnement des jeunes en leur procurant une aide préventive dans leur milieu de vie, en favorisant le développement, l’éducation et leur socialisation. Amos amène ces jeunes en marge des codes de la société à s’inscrire bénévolement dans le cadre de projets d’insertions professionnelles de quelques semaines à quelques mois, afin d’acquérir une petite expérience dans le monde du travail.
L’essentiel des chantiers organisés est lié aux travaux de rénovations de bâtiments à caractères sociaux.

L’idée d’innover et de proposer un projet écocitoyen lié à la gestion de la nature, a vu le jour grâce à un partenariat AMOS – réseau Solidarcité initié dans le cadre du contrat de quartier Coteaux Josaphat.

Nos contacts avec le secteur de la biodiversité incluent la CEBE. Les responsables du Moeraske et de l’Hof ter Musshen furent enchantés du projet et mirent tout en œuvre pour son accomplissement, en fournissant les outils nécessaires et leur disponibilité.

Huit jeunes garçons et une fille, âgés entre 18 et 22 ans, déscolarisés, sans travail avec des parcours de vie… disons difficiles et chaotiques, plutôt versés et brillants dans le domaine des jeux vidéos, des séries télé et de la musique urbaine, mais ignorants quant à l’existence même de nos micros réserves naturelles bruxelloises. Pour eux, une prairie humide est d’abord pressentie comme un excellent terrain de foot potentiel plutôt que comme un joyau de biodiversité. Les araignées (qui ne sont pas de vrais animaux) sont dangereuses et à éviter. La terre c’est sale et plein de maladies. Voilà neuf jeunes qui allaient se retrouver sans leurs repères urbains à travailler dans un projet de gestion écocitoyenne dans une jungle hostile et inconnue.

Réunion de sensibilisation

Une première réunion de sensibilisation qui appelle à la responsabilisation, à la citoyenneté et qui resitue l’homme dans un écosystème dont il est dépendant s’est déroulée dans les locaux de Amos avec les jeunes concernés et les travailleurs sociaux de l’asbl. Celle-ci eut lieu la veille du premier jour de chantier.

L’accueil du projet par les jeunes est poli, mais sans enthousiasme. Il faut dire que l’absence de commodités (wc, chauffage, distributeur de sodas) et la présence d’animaux « sauvages » (renards, chevaux, rats, tortues, perruches) renforçaient leur perplexité.
Les chantiers se dérouleraient alternativement au Moeraske et à l’Hof ter Musshen.

Première semaine : le Moeraske

Le premier jour fut assez laborieux. L’absence de ponctualité fut mise sur le compte de l’isolement géographique, limites urbaines et non bétonnées jamais empruntées par ces jeunes, pourtant voisins proches de ces lieux. Ils découvrent que la boue ça tache les vêtements et les chaussures et qu’ils auraient mieux fait de ne pas oublier leurs vêtements de travail. Que retirer des tuyaux enfoui dans le sol, c’est lourd et fatiguant. Que ramasser les déchets des barakis (surnom donné aux voleurs de cuivre) c’est chiant et que personne ne se rendra compte que c’est eux qui ont nettoyé. Et ils ne peuvent même pas aller pisser tranquille sans tomber sur un renard qui les regarde de travers (c’est effectivement arrivé)… Bref beaucoup de récriminations et une motivation au raz des pâquerettes. Sans être un échec, cette première journée ne fut pas franchement une réussite, malgré la quantité de déchets évacués.
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Nous nous sommes remis en question le jour suivant où la fraicheur et la drache avaient éteints les dernières braises de vigueur chez les jeunes. Dans le petit local du Moeraske, nous avons improvisé une mise au point à l’abri de la pluie. Nous avons dès lors changé notre approche du projet. Il fut décidé de créer une mare qui laisserait une trace durable et positive du travail de ces jeunes. Cela semblait essentiel pour eux.

Et dès le jour suivant, les premiers vêtements de travail, les premières chaussures adaptées apparurent avec le retour du soleil.
L’ambiance de travail fut joyeuse et efficace.

La mare à été creusée dans les règles, 80cm de profondeur au centre, 60cm sur les bords, une paroi pas trop verticale pour permettre une escalade aisée aux batraciens et beaucoup d’huile de coude pour évacuer des tonnes de terre.

Restait encore à la remplir, +/- 5000 litres d’eau, ça fait quelques seaux. Ce fut le lendemain que nos cellules grises se mirent à fonctionner pour trouver un système facile, rapide et efficace pour le remplissage. Un petit barrage fut construit sur le Kerkebeek (petit ruisseau qui longe la réserve) afin de pouvoir puiser l’eau aisément et la déverser dans un gros tuyau de récupération qui lui même abouti à un petit chenal qui le relie à notre mare.

Deuxième semaine : l’Hof ter Musshen

La semaine suivante ce fut la découverte de l’Hof ter Musshen. Où nous avons évacué les branches de saules têtards fraichement élagués, et édifiés des tas de bûches pour alimenter le four à pain du fournil.

Les chevaux, les renards, les rats, les lapins, étaient devenus des objets d’observations qui égayaient le travail. La capture d’une grenouille rousse et le sauvetage d’un triton en perdition, nous donnèrent l’occasion de leur en apprendre un peu plus sur les batraciens et leur utilité pour la biodiversité et les hommes. Ainsi que sur la fragilité de leur peau, ce qui par conséquent induit que leur capture est inapproprié car elle peut leur être fatale.

Troisième semaine, retour au Moeraske.

Les jeunes se pressent d’abord pour aller contempler leur mare et vérifier qu’elle ne s’était pas vidée durant le weekend. Ensuite, c’est en petits groupes que nous avons sillonnés le talus du chemin de fer pour y débusquer les camps de barakis.
Nous en avons repéré trois nouveaux, deux petits et un plus grand bien caché et bien aménagé dans le talus.
Nous y avons découvert +/- 300kg de câbles de cuivre sectionnés en tronçons de 50kg, prêts à être dénudés et revendus.
La tentation d’appeler des copains et d’embarquer ce trésor potentiel était grande, mais un sursaut de citoyenneté à finalement prévalu et on a prévenu l’antenne de la brigade canine située non loin du site.
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Le dernier jour de gestion se termina avec une petite note festive, un BBQ fut organisé au Moeraske dans une chouette ambiance.

Pour ne pas conclure trop rapidement

Un débriefing fut organisé le lendemain avec les acteurs du projet, dans les locaux d’Amos. Les anecdotes du renard au regard suspect, de la capture de la grenouille et d’une chute malencontreuse dans l’étang furent évoquées durant cette matinée, ainsi que les problèmes de ponctualités et d’assiduités.
Mais également les diverses notions naturalistes distillées tout au long du chantier.

« Non les araignées ne sont pas dangereuses en Belgique…Elles chassent les moustiques et les mouches.
Oui les tritons vivent une partie de leur vie dans l’eau, contrairement au lézard qui lui ressemble beaucoup mais qui a des écailles.
Oui les tortues observées dans le grand étang du Moeraske sont des immigrées comme les perruches à collier avec leurs cris stridents.
Non la terre n’est pas que de la terre, sous le limon y a du sable à Bruxelles.
Oui la molécule d’eau que nous avons bu ce matin, avait été déjà bue par les dinosaures. »

Le premier jour de chantier, beaucoup de mégots, jetés par les jeunes, jonchaient le sol du chantier.
Le dernier jour, aucun : ils étaient dans une vieille boite.
C’est un bon début.

Bruno Steffen, l’Ecocitoyenne ASBL, 5/5/2014
Tel. :+32 474.382.163
info@lecocitoyenne.org

Les photos ont été choisies de telle sorte que les jeunes y soient peu identifiables, c’est leur souhait.
Ce projet sera évalué ultérieurement … et peut être reconduit, si les trop rares subsides suivent. Croisons les doigts.

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