CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
Pour les professionnels du social-santé à Bruxelles

Gouvernance, concurrence et confiance

Les Rencontres irisées, organisées par le CBCS en partenariat avec la FdSS, l’AMA et la CLASS, ont donné un bon aperçu des chantiers politiques en cours, et de la manière dont nos ministres comptent les mener.

Les gouvernements bruxellois, mis en place il y a un an, ont pris le temps pour s’installer, investir leurs matières, cerner les dossiers sur la table. Pas toujours facile : changement de majorité (les FDF remplacent Ecolo), redistribution des compétences (le CDH s’empare des affaires sociales, jusqu’ici chasse gardée du PS). Quel déménagement !

« Mais ces ministres ne font rien ! », jugeait-on dans l’opposition.
« Nous avons plein de questions et aucune réponse », s’inquiétait-on dans l’associatif.
Et puis, il y a quelques semaines, c’est venu de partout : de la cohésion sociale (nouvelles priorités quinquennales, projet de refonte du décret), du social/santé (outil de programmation des services, évaluation du décret Ambulatoire, projet de modification en deux temps de celui-ci, Plan de santé bruxellois), de la promotion de la santé (projet de décret suite au transfert de l’exercice de la compétence de la Fédération Wallonie Bruxelles à la Cocof), de l’administration (élaboration d’un plan stratégique) …

Que peut encore le politique ?

« La démocratie représentative est en crise. Les Etats cèdent de plus en plus de pans de leurs pouvoirs – de manière très officielle, à l’Europe ; de manière plus insidieuse, aux multinationales. Les pays européens sont tous confrontés à la montée de formes de populismes, de nationalismes, d’extrémismes. Le modèle économique est à bout de souffle… »

Je cite ici Véronique Lamquin, du service politique du journal Le Soir, dans un article du 24 mars 2015.

On pourrait ajouter, pour notre Région, la difficulté de coopérer avec un État fédéral ancré bien à droite, alors qu’ici, on se réclame encore de centre-gauche.

Et cerise sur le gâteau, on hérite de compétences nouvelles dues à une VIe Réforme que les francophones n’ont pas voulu, dont l’implémentation se révèle être une usine à gaz, mais, en même temps, qui pourrait être une aubaine pour repenser les politiques aux services de tous les Bruxellois. On verra ...

Alors que peuvent encore nos élus pour améliorer la situation d’une région dont la richesse ne profite pas à la grande majorité de ses habitants ?

Encore beaucoup.
Assurément, d’abord développer une vision à long terme de ce que l’on veut faire de Bruxelles, et donc arrêter de penser sur le temps d’une législature.
Ensuite, privilégier la transversalité des matières politiques. Créer des passerelles entre elles.
On peut avoir la volonté de favoriser la porosité des enveloppes budgétaires de différentes politiques pour soutenir un projet commun.

Deux exemples, parmi tant d’autres :

  • Les accompagnateurs énergie aident les plus précarisés à faire des économies d’énergie. On lutte contre la pauvreté avec des budgets environnement et on travaille dans le temps avec des publics en difficulté.
  • On finance des halte-garderies au service des publics visés par la politique de cohésion sociale, avec l’argent de la politique de la petite enfance, cela aurait tout son sens. Ou on finance des halte-garderies avec les sous de la cohésion sociale, le résultat sur le terrain, au profit de la population, est identique.

Comment pense-t-on global, en Région bruxelloise, quels sont les outils politiques mis en place pour ce faire ? Ces outils existent, et il faudrait mieux les faire connaître ; s’ils sont utilisés de manière optimale est une autre question.

Que pouvons-nous encore ensemble ?

On ne relèvera pas les défis du vivre-mieux et du vivre-ensemble sans s’assurer d’y travailler dans un climat de bientraitance des politiques entre eux (entre collègues, entre partis, entre niveaux de pouvoir), et un climat de confiance et de respect réciproques entre instances publiques et associatives, tant dans les sphères décisionnelles que sur le terrain.

Le contexte n’est pas favorable.

Dévoiement du principe d’égalité des chances. Autrement dit, le dogme de la réussite individuelle. Il faut donner à tous la possibilité de trouver un emploi rémunéré (dans le secteur marchand, parce que dans les services publics, on dégraisse, même une fois l’os atteint, on gratte encore !). Un job (même mal) payé est présenté comme la seule porte d’entrée de l’intégration sociale. On enterre donc la solidarité au profit de la mise en concurrence des plus précaires entre eux pour l’accès aux places disponibles. On se dédouane de toute responsabilité collective en la déchargeant sur l’individu.

Généralisation du principe de l’appel à projets. Autrement dit, la mise en concurrence périodique des associations entre elles pour assurer des missions de services publics.

Et puis cette Charte associative perdue dans le déménagement …

Dans cette période trouble, prenons garde à ne pas rompre le dialogue, la concertation, la consultation, la papote, les échanges constructifs, la réflexion commune. Il existe des lieux pour ça. Investissons-les !

Alain Willaert, CBCS asbl (18/08/15)

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Gouverner par l’urgence, oublier l’avenir, Jacques Moriau, CBCS

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