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Jeunesses bruxelloises : entre diversité et précarité

Brussels Studies - numéro 98
Par Muriel Sacco, Wendy Smits, Dimo Kavadias, Bram Spruyt, Caroline d’Andrimont

La population de la Région de Bruxelles-Capitale est la plus jeune de Belgique. En 2015, les jeunes âgés de 12 à 24 ans y représentaient 15 % de l’ensemble. Il n’est pourtant pas facile de dresser un portrait complet et nuancé de ces jeunes de plus en plus nombreux à Bruxelles.

C’est pour tenter de dégager le portrait de ces jeunes bruxellois de la profusion de travaux portant partiellement sur le sujet que le Brussels Studies Institute a rassemblé autour de Muriel Sacco, sociologue à l’Université libre de Bruxelles, une équipe mêlant chercheurs francophones et néerlandophones.

Il ressort de ce travail un portrait partiel et fragmenté de la jeunesse bruxelloise. Le morcellement des institutions compétentes en la matière n’y est évidemment pas étranger.

La note de synthèse permet cependant de dégager quelques constats partagés. Le premier est indubitablement l’importance numérique et la diversité croissante de la jeunesse en Région bruxelloise. Le deuxième élément à souligner est le portrait assez sombre qui se dégage. La situation de nombreux jeunes est précaire, que ce soit sur le plan de l’éducation, de l’accès à l’emploi, des discriminations, des conditions de logement ou encore de l’accès aux soins de santé. On notera toutefois que la plupart des études se focalisent sur la jeunesse en difficulté ou défavorisée, et que peu de place est laissée à la jeunesse plus favorisée. Cela n’empêche cependant pas la littérature analysée de mettre en avant la très forte dualisation des conditions de vie de la jeunesse bruxelloise. Plusieurs jeunesses semblent peupler Bruxelles, vivant des vies « en parallèle », se rencontrant peu dans le système scolaire ou les espaces de loisirs, ne pratiquant pas le même type de mobilité, et n’ayant ni le même niveau d’éducation ni les mêmes chances d’accès à l’emploi.

La synthèse des recherches souligne aussi que de nombreuses thématiques mériteraient d’être davantage investiguées. Des domaines comme la vie intime des jeunes, les déterminants du choix du partenaire amoureux, les goûts, les activités et les gestes de la vie quotidienne, ou les pratiques religieuses sont peu connus. Seules quelques rares analyses articulent la thématique du genre avec les relations sociales au sein de certaines communautés ethniques bruxelloises. L’occupation du temps libre par des activités culturelles et sportives est seulement très partiellement connue. L’approfondissement de ces thématiques pourrait aider à mieux comprendre les jeunes. Mais une grande partie de ces connaissances est produite par le canal scolaire. D’autres points d’entrée, tels que les loisirs et les espaces de la recherche d’emploi, de la formation, mais aussi les lieux de travail ou l’espace public devraient être mobilisés.

Il reste donc du pain sur la planche pour mieux cerner les jeunesses dans leur globalité et dans un contexte urbain bruxellois cohérent. La compilation impressionniste d’études commanditées par des acteurs divers et variés avec leurs propres logiques communautaires et sectorielles ne suffira pas. Il y donc une réelle nécessité d’appréhender les jeunesses bruxelloises sous un angle plus systémique et innovant, en impliquant les jeunes pleinement dans la démarche.

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