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« La vie à la rue a raccourci ta vie »

Ce 26 mai, à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, un hommage posthume était rendu aux hommes et femmes ayant vécu dans la rue. Une initiative annuelle que le Collectif Les morts de la rue renouvelle depuis bientôt 11 ans.

Formé d’associations de première ligne à Bruxelles, regroupées sous forme d’une plateforme de citoyens et d’habitants de la rue, Le Collectif Les morts de la rue s’investit afin d’assurer, à ceux que l’on nomme « habitants de la rue », un traitement digne de tous au moment de la mort.

Une cérémonie interconvictionnelle et publique, sans pathos, mais aussi un moment révélateur : celui où tombe la frontière invisible laissant dans l’ombre ceux qui ont passé une vie à l’ornière du monde.

Entre des interventions des représentants du culte - toutefois sans vraiment franchir le pas d’une lecture politique de la problématique en Région bruxelloise - témoignages de proches de défunts et micro-compositions poétiques du Collectif de Poètes Bruxellois [1], les noms et prénoms de 55 personnes se sont vus cités publiquement. Un chiffre en hausse par rapport à 2014, période durant laquelle 46 décès avaient été recensés.

Derrière le nombre 55...

Des parcours de vie parfois emprunts d’accidents ? Oui, mais bien au-delà de ça : des morts prématurées et des causes souvent violentes. Des personnes ayant vécu dans bien des espaces non prévus pour l’hébergement : une cave, un squat ayant pris feu, etc. 47 hommes et 8 femmes, parfois très isolés, parfois moins … Ce qui les rassemble ? Un âge moyen : 48 ans. Un chiffre qui parle à lui tout seul. « La vie à la rue a raccourci ta vie » citait un proche endeuillé. Et d’autres proches de défunts d’évoquer en toute discrétion des morts inopinées jalonnées d’agressions, d’absence de soins, de malnutrition, de stress, de suicide, …

Pour poser un geste symbolique après la cérémonie, des travailleurs sociaux, soignants mais aussi familles et proches de défunts se sont rendus à « l’arbre du Square de l’Albertine » [2], planté il y a 5 ans en mémoire aux habitants de la rue. 55 étoiles y ont été suspendues en dernier hommage.

Un hommage collectif, une minute de silence et une question comme suspendue elle aussi : où sont resté coincés les droits fondamentaux qui se sont révélés si peu tangibles pour ces hommes et femmes ?

Cécile Vanden Bossche, CBCS asbl (26/06/2016)