CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
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Langues, langages et discriminations

- Mauvaises langues !, N°52 du Journal Agir par la culture ;
- La Langue : entre promesses, oublis et dominations, N°46 du journal de Culture & Démocratie

Mauvaises langues !

Ce dossier se consacre aux discriminations et aux stigmatisations véhiculées par l’usage de la langue, trop souvent imprégnée d’une logique de domination. Au-delà du débat sur l’écriture inclusive, la réflexion s’étend à tous les usages linguistiques qui remettent en cause l’identité, et donc la dignité, d’une personne ou d’un groupe. Car "les mots peuvent être des armes de distinction et de distraction massives".

Lire le dossier en ligne.

Article épinglé :"Lutter contre la glottophobie", entretien avec Philippe Blanchet.

Largement ignorées, car méconnues ou perçues comme normales, les discriminations par le langage sont pourtant massives, tristement ordinaires et avec des conséquences importantes sur la vie des gens qui en sont les cibles. Le sociolinguiste français Philippe Blanchet, enseignant-chercheur à l’Université de Rennes 2, qui étudie la façon dont, dans la société, on sépare, on discrimine, on stigmatise des parties de la population à partir de leurs usages linguistiques, a développé pour les désigner le concept de glottophobie. Un terme qui s’est largement diffusé dans les milieux militants français. Une glottophobie qui redouble et visibilise également d’autres discriminations sociales.

Pour en savoir plus et lutter collectivement et individuellement, lire l’article ici.

La Langue : entre promesses, oublis et dominations

Ce Journal 46 explore la question de la langue. Espace de construction de soi dans la faculté peu à peu déployée de dire le monde et soi-même, de se relier, de partager, de raconter, espace de libertés infinies et souvent insoupçonnées. La langue est aussi, à contrario, le lieu de l’imposture et de la domination, explicites ou implicites. C’est peu de dire, notamment, que la globalisation et la toute puissance de la sphère économique et managériale transforment nos langues, nos manières de dire et partant, nos manières de faire.

Les registres de la langue sont abordés par des entrées multiples, du numérique aux ateliers d’écriture, de la poésie à la langue des lieux – école, prison, entreprise ou hôpital – , de la langue policière à celle, imposée depuis peu, des travailleurs sociaux, de l’explicite à l’implicite, des métissages aux ségrégations langagières de tous types.

Accès au journal 46 en ligne.

Suite du dossier ici

Extrait choisi :

Quand, au Mali, j’étais au lycée français, dès la troisième jusqu’au
milieu de la terminale, j’ai traversé une période très difficile. Est-ce que c’est du harcèlement d’humilier quelqu’un chaque fois qu’il prend la parole ? Est-ce que c’est du harcèlement de menacer répétitivement et physiquement quelqu’un à la récré ? Est-ce que c’est du harcèlement de prendre des cailloux pour les jeter sur quelqu’un qui passe dans le couloir ? J’ai toujours adoré ça, prendre la parole, en famille, avec mes amis et là, d’un coup, je n’existais plus, personne ne me parlait. Sauf parfois en classe, quand la prof abordait Madame Bovary, je m’enflammais. Je posais plein de questions, je faisais des commentaires, je me fichais du regard et commentaires des autres parce que Flaubert me passionnait. Je me souviens avoir clairement pris la défense de Charles Bovary contre toute la classe. Je disais qu’en fait, à mon sens, c’est Madame Bovary qui était ignoble. Cette période au lycée, ces trois années de railleries et d’humiliations, ça m’a compliqué la vie mais surtout ça m’a fait perdre d’un coup l’envie et la capacité de m’exprimer oralement

Nafissa Traore, danns l’article "Eloquentia la parole au centre", par Valérie Vanhoutvinck, artiste, cinéaste, enseignante et membre de l’AG de Culture & Démocratie.