CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
Pour les professionnels du social-santé à Bruxelles

"Pour les personnes sans-abri malades, accéder à des soins reste un parcours du combattant"

Médecins du Monde lance le Plan hiver médical à Bruxelles

À partir de la semaine prochaine, 17 médecins et 38 accueillants·es bénévoles seront mobilisé·e·s dans les différents centres bruxellois du Plan hiver. Ils y procureront des soins médicaux aux personnes sans-abri qui en ont besoin et qui n’ont pas d’accès au système de santé traditionnel. « Il s’agit par exemple de personnes qui n’ont pas ou plus de mutuelle, ou des personnes qui ont des difficultés à obtenir une carte médicale au CPAS, » explique Lucille Ganchou, coordinatrice du Plan hiver médical pour Médecins du Monde.

Si les personnes sans-abri sont touchées par les ‘classiques’ hivernaux – grippe, infections respiratoires, etc. – elles sont également sujettes à des problèmes spécifiques à leurs conditions de vie. Notamment des maladies de la peau ou des douleurs aux pieds (à cause du froid et de vêtements et chaussures inadaptés à la vie en rue) mais aussi des problèmes mentaux comme des insomnies, dépressions ou addictions diverses.

Voir un médecin en étant à la rue : un calvaire administratif

Pour les personnes qui vivent à la rue, les problèmes de santé sont bien plus fréquents que pour la moyenne des Belges : avoir un toit est une condition fondamentale à une bonne santé et notre système de santé rend difficile l’accès aux soins lorsqu’on ne dispose pas d’un domicile.

« Le nombre toujours plus élevé de personnes sans-abri – il a doublé en dix ans à Bruxelles ! – et les procédures administratives complexes font que certaines doivent attendre plusieurs semaines avant que leur demande de soins ne soit acceptée, » explique Lucille Ganchou. « C’est inconcevable pour les personnes qui ont des besoins médicaux urgents. » Et quand la carte médicale est délivrée, c’est généralement pour une durée déterminée, ce qui est un autre problème pour celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques. « Un patient diabétique par exemple, doit remplir encore et encore les procédures pour obtenir l’insuline qui lui est vital. C’est un énorme facteur de stress pour le patient et un poids énorme pour l’administration. »

Quand l’administration ne suit pas et qu’un patient voit son traitement interrompu faute de carte médicale, c’est souvent Médecins du Monde qui intervient. « On comble les trous et on procure les soins ou les médicaments nécessaires, » déplore Lucille Ganchou. « Nos assistantes sociales sont parfois obligées de mener l’enquête, d’insister, de passer un nombre incroyable de coups de fils pour tenter de faire bouger les choses au nom des patients, qui sont souvent perdus ou trop malade pour supporter ce labyrinthe administratif. Cela fait des années que Médecins du Monde plaide pour une simplification de ce système cher et inefficace. »

L’hiver revient… chaque année

Malgré son implication dans le Plan hiver, Médecins du Monde remet en question cette approche ‘urgentiste’ depuis des années. « Pourquoi traite-t-on toujours l’hiver comme une crise ponctuelle alors qu’elle revient chaque année ?! » s’interroge Lucille Ganchou. « Les personnes sans-abri n’ont pas seulement besoin de soins d’urgence dispensés par des médecins bénévoles six mois sur l’année. Malgré les efforts fournis et le lent changement des mentalités, il y a encore énormément de travail à faire en ce qui concerne l’accessibilité, la continuité – toute l’année et pas uniquement l’hiver - et la variété – les problèmes psychologiques et sociaux sont aussi importants que les problèmes médicaux - des soins. »

Plan hiver médical 2018 – 2019, en pratique :

Le Samusocial est responsable des équipes infirmières présentes dans ses centres d’accueils. Médecins du Monde est responsables des consultations médicales.
Les équipes de Médecins du Monde seront présentes deux soirs par semaines dans chaque centre, de 18h30 à 22h30.

Chaque équipe est composée d’un médecin, de deux accueillants·es et d’un·e infirmier·ère (du Samusocial).

Après avoir reçu des soins, les personnes sans-abri sont accompagnées dans le centre d’accueil, de soins et d’orientation (CASO) bruxellois de Médecins du Monde pour régulariser leur accès au système de santé.

Contact presse :
Alexandre Seron - +32 (0)478 29 31 85 - alexandre.seron@medecinsdumonde.be

A écouter, en radio :

Faut-il supprimer le plan hiver d’aide aux sans-abris ?

Ce 15 novembre, la Région bruxelloise a lancé son plan hiver, un plan grand froid qui permet l’ouverture de nouvelles places d’accueil de nuit (principalement) et de jour. Avec ce plan, 1100 places supplémentaires seront progressivement ouvertes entre le 15 novembre et le 30 avril pour accueillir les sans-abris. Mais chaque année, beaucoup d’acteurs de terrain affirment qu’un tel plan comporte de nombreuses lacunes, la période de l’hiver est trop courte pour pouvoir faire un véritable travail de réinsertion, résultat, à la fin du plan hiver, la plupart des personnes qui ont été hébergées se retrouvent à la rue et les ennuis recommencent et s’empirent même parfois. Beaucoup de travailleurs sociaux affirment que les sans-abris ne meurent pas plus en hiver qu’en été et qu’un suivi est nécessaire tout au long de l’année. Ils plaident pour une suppression d’un tel plan d’urgence au profit de mesures annuelles, structurelles. Une réforme de l’aide aux sans-abris est en cours au niveau régional, elle semble aller dans ce sens, même si la notion de réaction en période de crise semble encore bien présente.

Comment faire pour que personne ne dorme dehors à Bruxelles quelle que soit la saison ? Cet objectif est-il accessible ? Le Plan Hiver n’apporte-t-il pas plus de mal que de bien ? Quelle réforme pour l’aide aux plus démunis à Bruxelles après l’affaire du Samu Social ? Comment intégrer l’accueil des "transmigrants" dans ce plan d’aide ?

Débats Première 100% Bruxelles organisait un débat autour de ces questions avec François Bertrand (la STRADA), Murat Karacaoglu (Pierre d’Angle), Mehdi Kassou (Plateforme Citoyenne Welcome Refugees) et Christine Vanhessen (directrice AMA, Fédération des Maisons d’Accueil et des Services d’Aide aux Sans-Abri et administratrice du Samusocial).

A réécouter ici.