CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
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Revue de presse hebdomadaire - 12/06/2014

Et pendant ce temps, dans le poto-poto belge…

Ça négocie dur, à tous les niveaux de pouvoir. En attendant de voir les gouvernements s’installer, Le Soir prend le temps pour réfléchir à l’évolution constitutionnelle de notre pays. Fédéral ? Confédéral ? Peu importe, affirme Bernard Demonty, l’important c’est la stabilité du pays pour s’attaquer aux problèmes socio-économiques !

A son tour, Le Vif l’Express étudie cette formule bien connue qu’on applique en général au football (et ce sera la seule et unique allusion au ballon rond que vous lirez dans cette revue de presse, c’est promis !) : à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. Appliqué au droit public belge, cela donne : à la fin du compromis, personne n’est gagnant. Comme nous le démontre Laurence Van Ruymbeke dans cet entretien qu’elle a réalisé avec Stéphanie Demoulin, psychologue et experte en négociation.

Logement

Molenbeek-Saint-Jean met de l’ordre dans son parc immobilier social et applique trois mesures que Le Soir nous décrit ici. Parmi elles, la mise en place de la location-loyer.

Prison, justice, droits de l’homme

Actu autour de la question de la justice et de la politique carcérale, cette semaine dans la presse. Notons tout d’abord cet article du Soir qui fait état de la fronde de magistrats contre la réforme de la justice.

La prison est criminogène, entend-on communément. Et en plus, elle pousserait à la radicalisation identitaire. Suite à l’affaire de la tuerie du Musée juif à Bruxelles, on revient largement dans la presse sur ce phénomène. France Culture consacre plusieurs reportages téléphoniques à ce sujet en donnant la parole à un membre du personnel pénitentiaire, un imam et un syndicaliste. Il se dégage qu’en prison, les détenus se tournent vers la religion quelle qu’elle soit pour y trouver réconfort et réhabilitation morale.

Libération donne la parole à la maman d’un jeune Français qui s’est converti à l’islam avant de partir en Syrie. « Il ne reviendra plus », s’émeut-elle. La Belgique et la France sont souvent cités comme les pays qui dont sont originaires de nombreux engagés volontaires en Syrie.

Le journal de gauche a d’ailleurs enquêté sur le phénomène de la radicalisation en prison. Et apporte dans cet article des nuances et des mises en perspectives intéressantes renforcées par l’interview du juge d’instruction Marc Trévidic, spécialisé dans les questions de terrorisme, qui rappelle que les moyens de la justice et de l’Etat de droit peuvent permettre d’endiguer le phénomène.

Crise

Progrès social ou progression néolibérale ? On s’interroge. L’INAMI lance une formation, inspirée du Canada et intitulée « disability management ». Ce programme vise à maintenir sur le marché de l’emploi les travailleurs malades. S’il permet de maintenir les personnes malades sur le marché de l’emploi, la mesure a sans doute un intérêt social indéniable surtout quand on connaît les difficultés qu’éprouvent, par exemple, les personnes ayant souffert d’un cancer deux ans encore après la fin de la maladie, comme l’évoque Le Monde. Mais s’il s’agit d’une manière de nier les droits sociaux des malades en leur mettant sur le dos une pression supplémentaire pour des raisons d’économies, c’est plus discutable. A suivre sur le long terme, en tout cas.

Le Vif l’Express rappelle que l’emploi stagne un peu partout en Europe s’il faut en croire ce sondage réalisé par Manpower auprès de 750 employeurs européens.

Ce diaporama de photos publié sur le site du Nouvel Observateur-20140612] nous rappelle également que le travail des enfants reste un fléau mondial. Rappel salutaire qui a lieu une fois par an lors de la journée de lutte contre le travail des enfants qui a lieu le 12 juin.

Enseignement

Actualité du CEB oblige, La Libre Belgique ouvre sa rubrique Débats à deux opinions contradictoires. La première, de Béatrice Stiennon, institutrice, qui dénonce le ramdam qui est fait autour du CEB qu’elle estime inversement proportionnel à la portée pédagogique de cet examen.

Dans cette autre opinion, le philosophe Drieu Godefridi fait l’éloge du système universitaire oxfordien. Excellence et sur-mesure pédagogique, c’est le mot d’ordre mais son caractère profondément élitiste le rend sans doute difficilement transposable dans le système belge qui mise sur la démocratisation de l’enseignement. Là aussi, au final, à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne puisque le penseur croit voir dans le système universitaire d’outre-rhin un modèle qui concilierait la qualité avec la quantité.
Et cette tribune, signée par plusieurs chercheurs-enseignants belges francophones, plaident pour… la « désexcellence », une voie vers la résistance à la tendance actuelle de mettre de « l’excellence » partout, au risque d’ouvrir la portée à la pensée managériale néolibérale.

La faute à la révolution

Il est tombé par terre, c’est la faute à… la révolution tunisienne ! Dans ce témoignage doux-amer publié par Rue 89, un jeune Tunisien qui a accueilli favorablement la fin de la dictature Ben Ali s’interroge sur ses propres ambivalences qu’il résume ainsi : « Mon café s’est renversé ? C’est la faute à la révolution » (ou comment vivre les lendemains des printemps qui déchantent…).

Dans Libération, il est aussi question dans cette tribune rédigée par Samia Hathroubi, directrice du Réseau du Rassemblement des leaders européens juifs et musulmans, d’un cri de tristesse poussé au lendemain de l’affaire du musée juif de Bruxelles et qui affirme que la cohabitation entre juifs et musulmans est non seulement possible mais qu’elle peut être l’opportunité pour repenser le vivre-ensemble dans nos sociétés.

Réflexion : du bon usage des bons sentiments

Réconfortants pour notre bonne conscience ou réellement efficaces, les appels à la mobilisation posent la question de leur utilité. La Libre Belgique lance le débat avec Philippe Hensmans d’Amnesty International et Pierre Servent, spécialiste des questions militaires. Ces appels à la mobilisation, qui ne datent pas d’hier – rappelons-nous à ce sujet les débats houleux entre Sartre et Camus – sous-tendent une posture éthique : le plus jamais ça. Notion que France Culture interroge dans cette émission intitulée : Et si l’histoire se répétait ?

Trop autoritaires ? Trop cassantes ? Les femmes à des postes de pouvoir se voient parfois reprocher d’être trop tranchantes là où on verrait chez leurs homologues masculins des compétences de leadership. France Culture s’interroge sur ces perceptions inégales, voire ces relents de misogynie.

Bonus

Petit bonus pour la semaine avec ce site Raconter la vie, un site participatif et une collection de livres rédigés par des simples citoyens qui témoignent de leur vie. Faire récit et faire sens pour nous relier dans notre humanité, voilà le joli projet qui sous-tend ce projet.

N.DE, 12 juin 2014