CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
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Vocabulaire, bruits et paroles médiatiques

Lutte contre la pauvreté et « théories spontanées », par Jean Blairon ;
Toujours plus vers une politique de la pitié ?, par Jacqueline Fastrès, dans Intermag (janvier 2018)

Lutte contre la pauvreté et « théories spontanées »

Pierre Bourdieu a montré que pour pouvoir analyser le monde social, il faut analyser aussi les instruments d’analyse, car ils constituent souvent ce qu’il appelle des « théories spontanées », dont l’analyste n’est que peu conscient mais qui font écran à sa compréhension du monde social. Lorsqu’on parle de lutte contre la pauvreté, comme dans d’autres domaines, il s’agit donc de questionner d’abord la théorie qui pourrait colorer d’emblée le propos avant même le début de la réflexion.

En commençant par le terme « pauvreté » lui-même, dont l’angle d’approche sera un premier cliquet dans la théorie. La manière de lutter contre cette pauvreté est de plus en plus vue via le prisme de théories spontanées comme « l’assistanat » (au lieu de « l’assistance ») ou « l’abus » (au lieu de « l’activation d’un droit »). Toute une chaîne de théories spontanées, non seulement touchant à la pauvreté mais à la vision du monde social lui-même, peuvent ainsi s’additionner et se renforcer, finissant par dévoyer complètement la lutte contre la pauvreté. La déconstruction minutieuse des enchâssements de théories spontanées qui font les politiques est donc indispensable.

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Toujours plus vers une politique de la pitié ?

L’une de ces « théories spontanées » fréquemment embrassée par les médias – tout
imprégnés de la nécessité de frapper les esprits vite et fort, plus vite et plus fort que le voisin – est que la lutte contre la pauvreté gagne à attiser la pitié, et que c’est là un rôle pour eux.

La 5è édition de Viva for Life s’est clôturée fin 2017, et tout indique qu’elle ne sera pas la dernière. Ces grands rendez-vous médiatiques se sont imposés comme quasi incontournables dans la lutte contre la pauvreté, agitant avec brio l’étendard moderne de la charité. Eclipsant, aussi, par leur ampleur et leurs moyens, tout autre type d’approche et de discours sur la pauvreté, et ne s’attardant guère par ailleurs sur les causes structurelles de celle-ci. Par contraste, nous avons choisi de mettre en avant un discours médiatique sur la pauvreté venu de l’intérieur de la classe populaire : L’Echo de la fabrique, hebdomadaire des ouvriers de la soie lyonnais, paru entre 1831 et 1835. Cet organe a largement décrit dans ses colonnes les souffrances des ouvriers misérables et méprisés ; il ne réclamait pourtant pas pitié, mais justice, et ses revendications étaient éminemment politiques ; et, d’ailleurs, terriblement modernes…

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