CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
Pour les professionnels du social-santé à Bruxelles

Campagne : l’après, c’est maintenant !

"J’essaie avant tout de dresser ici une petite liste, pas exhaustive mais emblématique, de ce que j’ai appris dans ces dernières (longues) semaines", confie Lapo Berattini, directeur de La Concertation asbl, dans son édito du 04/05/2020. Et invite à revoir [nos] priorités en s’appuyant sur des fondations plus solides, à savoir le pouvoir émancipateur de la solidarité.

  • J’ai vite compris ce que je soupçonnais déjà, c’est-à-dire que les échanges par la biais d’outils numériques ne m’apportent rien d’avantageux. Après un premier moment de peur et de choc causé par les mesures de confinement qui m’ont tourné vers le monde des réseaux sociaux, le seul résultat de tous ces échanges, à la fois personnels et professionnels, par vidéo-chat a été le désir croissant d’éteindre ces machins-trucs et de m’enfuir dans un bois le plus loin possible, mais aussi de voir mes amis et amies dans la vie réelle, d’être avec ma famille, de retrouver mes collègues autour d’une table de réunion, et même de marcher jusqu’au boulot ou de me déplacer dans des trams ou des métros bondés, mais riches en événements et humanité ;
  • En plus de la relativité restreinte et celle plus générale, je me suis rendu compte de l’existence d’une nouvelle théorie de la physique, la relativité disons, « sociale », à savoir la dilution du temps et de la contraction de l’espace quand je termine ma journée sans avoir rencontré personne, sauf par téléphone ou vidéo-chat. Cela m’a poussé pour la première fois de ma vie à faire mes courses de façon régulière, moment véritablement social de mes dernières semaines ;
  • J’ai redécouvert mon appartement, dont le mobilier a changé de place au moins 5 fois au cours du dernier mois : j’ai essayé de comprendre comment il apparait aux autres, notamment à celles et ceux qui ont pu se faufiler chez moi pour la première fois via des réunions vidéos. J’ai également pu regarder à la dérobée des coins de maisons et d’appartements d’autres personnes, de mes collègues, de certains partenaires et parfois de personnes que j’ai rencontrées pour la première fois lors de mes rendez-vous de travail. Si d’une part, il est intéressant et agréable d’avoir une perspective plus humaine et intime des personnes qui m’entourent, d’autre part, il est pénible de constater le caractère fort invasif de se voir forcé.e.s à partager notre espace privé, sans parler des heures de travail se mélangeant avec les activités personnelles ;
  • J’ai pris conscience que je commençais à craindre ce fameux premier jour de déconfinement : de gré ou de force, il ne s’agit pas d’un retour à la normale. Bien que nous soyons tous et toutes éprouvées par l’expérience vécue et tout ce qui toujours nous attend, il s’agit du début d’un nouveau parcours chargé d’attentes et d’émotions, dont aussi la crainte de ne pas savoir comment sortir de cet état d’indétermination et imaginer une normalité « autre », différente de celle que nous vivons.

Voilà, je m’arrête ici, je vous épargne le reste, sauf pour un dernier point de la liste : « J’aimerais une trêve, mais cela ne sera pas possible » car nous sommes enfin arrivés au 4 mai, date fatidique où de premières mesures de déconfinement entrent en vigueur dans plusieurs pays européens.

Même si les nombreuses règles de cette rentrée sont pour le moins énigmatiques et principalement focalisées sur les activités commerciales et de productions au lieu d’apporter des éclaircissements sur comment reconstruire le tissu social, on peut néanmoins sans doute affirmer que la plupart d’entre nous considère que le présent perpétuel que l’on a vécu jusqu’à maintenant commence à se fissurer et nous pouvons nous remettre à souffler un peu, seulement un peu, car il est enfin temps de faire quelque chose. Quoi ? Et bien, cela dépend.

Si on ne vise pas à revenir à cette normalité malsaine ou, même, à une normalité encore pire de celle qui nous a mis dans ce pétrin au départ, ce 4 mai est donc chargé de décisions et d’engagements qui, même si elles sont à étaler dans les prochains mois, ne nous permettent plus d’hésiter. Il faut acter rapidement dans quelle direction aller, à tous les niveaux, et plutôt que de vouloir rendre la chute confortable, chercher à préparer où et comment faire notre atterrissage.

Moi, je repars de l’entraide, du lien social, extraordinairement de plus en plus fort durant cet isolement forcé, ce qui a poussé beaucoup de monde à expérimenter, à profiter du temps pour dépasser les obstacles de ces dernières semaines et redonner un sens aux « Communs », aux ressources (économiques, sociales, culturelles, ...) partagées et collectives. Les mots sont importants : à la place de parler de « repenser la société », comme dernièrement j’ai pu l’entendre dire un peu partout, il nous faudrait plutôt en revoir attentivement ses priorités en s’appuyant sur des fondations plus solides, à savoir le pouvoir émancipateur de la solidarité.
[Lien vers la campagne "L’après, c’est maintenant !"].
- >http://www.laconcertation-asbl.org/la-concertation-qui-sommes-nous/campagne/article/la-concertation-recrute?lang=fr]

Et à cela, je vais dédier mon premier toast dans mon stam café dès qu’il le sera devenu possible.

Lapo Berattini, 04/05/2020

« L’après, c’est maintenant ! » est une campagne de récolte de réflexions, d’idées, de souhaits etc. pour construire ensemble et dès maintenant, la vie « après ». Car s’il y a bien une chose qui ne mérite pas notre procrastination, c’est notre engagement collectif en faveur d’un changement durable et humain.

VOIR AUSSI : REVUE DE PRESSE | CORONAVIRUS, UNE URGENCE SANITAIRE QUI CREUSE LA CRISE SOCIALE (MIS À JOUR)
April 02, 2020
Membre de United Stages*, le RAB/BKO rassemble ici les articles traitant des conséquences anti-sociales liées aux mesures de confinement en Belgique et dans le monde. Envie d’agir à votre échelle ? Une liste de liens est également disponible pour renforcer votre pouvoir d’action.