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« Cette crise est vraiment notre dernière chance »

Le 1er mai, Olivier De Schutter prendra les fonctions de rapporteur des Nations unies pour l’extrême pauvreté et les droits humains. Pour Alter Échos, le professeur de droit international de l’UCL lance un appel à changer notre modèle de développement, considérant la crise sanitaire actuelle comme un dernier avertissement. Pierre Jassogne, 15/04/2020

Alter Échos : Ne plus vouloir du monde d’hier… Vous portez avec d’autres ce message parce que la crise a illustré la fragilité d’un modèle de développement fondé à tout prix sur la recherche de l’efficience. Alors de quoi ce sera fait le monde qui s’annonce ?

Olivier De Schutter : Il y a une transaction, un « trade-off », entre efficience et résilience. L’efficience, c’est l’approfondissement de la division internationale du travail, les économies d’échelle, l’automatisation de la production, les chaînes mondiales d’approvisionnement. Tout notre modèle de croissance est fondé sur cela, mais les coûts pour la collectivité d’un tel modèle sont énormes, car il en résulte une concurrence mortifère entre États : la segmentation de la production permet aux entreprises de recruter des travailleurs là où les salaires sont bas et les droits syndicaux méprisés, de polluer là où les normes environnementales sont les moins exigeantes, et de payer leurs impôts là où les taux d’imposition sur les sociétés sont les plus faibles ; mais les États dès lors se livrent une concurrence fiscale qui les prive de revenus, et les mesures visant à protéger les travailleurs et la santé des populations sont contestées au nom d’une compétitivité internationale à préserver.

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