CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
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Le travail de l’asbl Diogènes à l’ère du Covid-19

Article rédigé par Greta Leire de la PFCSM suite à un entretien avec Bram Van De Putte de l’asbl d’aide aux sans-abri DIOGENES

Bram Van de Putte est travailleur de rue à mi-temps et coordinateur à mi-temps du projet « Metro-Liens » au sein de l’asbl d’aide aux sans-abris Diogenes.

Au lancement du projet, en 2012, il est vite devenu clair qu’en plus du travail de rue mené par l’équipe Metro-Liens [1], il y avait une incroyable opportunité et une force à exploiter au sein les espaces semi-publics : travailler au sein du contexte social. Ainsi est venue l’idée de faire pleinement appel à la dimension relationnelle que pouvaient apporter les commerçants, les exploitants de snacks, les centaines de passants quotidiens. Comment ? En les impliquant activement dans la réinsertion des sans-abri via des points d’intérêt très simples. Le projet Métro-Liens a ainsi pu déplacer beaucoup faire bouger les choses ces dernières années. Ces habitants de nos stations de métro, de nos gares et de centres commerciaux tels que la Rue Neuve développent une attitude engagée et discutent pour voir si la personne est ouverte à une conversation ou, au contraire, complètement introvertie. Ils tentent de voir si la personne dispose de suffisamment de nourriture ou pas, comment elle va y compris psychiquement, si des changements positifs ou négatifs sont en court... En quelque sorte, s’assurer d’une implication locale optimale.

Les répercussions du Covid

Un certain nombre de sans-abri restent souvent en groupe, mais il y a aussi des sans-abri isolés qui sont psychologiquement vulnérables et qui sont trop souvent exposés à des situations à risques. Depuis que les stratégies de survie pour obtenir suffisamment de nourriture et d’argent ne fonctionnent plus suite au COVID-19, la situation a drastiquement changé en très peu de temps. Maintenant que la ville se vide de ses navetteurs, les résidents restent chez eux, les restaurateurs ne peuvent plus partager leurs restes, les chaleureux propriétaires des boutiques de métro sont à la maison, les restaurants sociaux ont été fermés et « Opération Thermos » s’arrête [2]. Le stress est accru par la confrontation quotidienne avec la faim, la peur et la solitude.

Un certain nombre d’initiatives ont rapidement vu le jour concernant les lignes directrices COVID-19 : A l’heure d’écrire ces lignes, 58 premiers lits sont fournis par Médecins Sans Frontières dans un bâtiment de Tour & Taxis (cette capacité peut aller jusqu’ à 150 lits). 15 places supplémentaires ont été ouvertes au centre d’accueil de la Croix-Rouge, rue de Trèves et par ailleurs, six salles de soins ont été ouvertes au Samusocial. Le GGC négocie actuellement la conversion de divers hôtels en lieux d’hébergement. A Forest, qui se démarque, 30 chambres d’hôtel sont en cours de libération. La commune avec ses gardiens de la paix, Diogènes, l’Ilôt, l’AMA et le SSM Le Méridien, unissent leurs forces pour y fournir de la nourriture, un soutien logistique et un soutien psychosocial.

Bram Van de Putte espère que d’autres communes suivront cet exemple. Il applaudit à l’existence de toutes ces initiatives, mais reste préoccupé par les habitants de la rue qui se retirent en squats, parfois en groupes, sans installations d’hygiène nécessaires. L’ensemble du secteur des sans-abri craint de devoir compter les victimes dans son public cible, encore plus appauvri, extrêmement vulnérable -pas seulement psychiquement mais aussi physiquement- et socialement exclu (logement, droits fondamentaux). Et pas seulement en hiver ou en cette période de crise due au Coronavirus…

Les travailleurs de rue de DIOGENES accordent une attention particulière aux sans-abri ayant une aversion pour le contact et les soins. Ces personnes ont des stratégies de survie qui fonctionnent actuellement à peine, de sorte que leurs besoins de base ne sont plus satisfaits. Ils sont souvent blottis dans un coin, il ne leur vient pas à l’esprit de prendre soin d’eux-mêmes et ils ne demandent pas spontanément de l’aide lorsque leur situation se dégrade…En raison de la fermeture de nombreux services et parce que les sans-abri sont chassés de leurs lieux d’ancrages habituels sous le couvert de l’épidémie, les travailleurs de rue investissent désormais également beaucoup de temps et d’énergie pour retrouver des sans-abri qui pourraient être en danger. DIOGENES distribue actuellement des téléphones portables comme “bouée de sauvetage” dans ces groupes extrêmement vulnérables. La réalité « crue » de la vie de ces personnes en marge de notre société en évolution rapide devient encore plus crue - avec ce ralentissement et cette immobilité de la vie quotidienne dans la capitale.

Que pouvons-nous faire de concret ?

L’asbl DIOGENES asbl invite chaleureusement tous les Bruxellois à regarder attentivement autour d’eux et à signaler par e-mail les sans-abri en détresse qu’ils remarquent à info@diogenes.brussels ou au 02/502 19 35. Il faut décrire clairement l’emplacement de la personne et communiquer votre numéro de téléphone. Sachant que pour certains sans-abris, il y a un besoin de nourriture et d’argent, offrir une aide concrète sur place est bien sûr bienvenue. Naturellement, les mesures de protections imposées doivent toujours être respectées !

DIOGENES demande aux secteurs de l’aide et de l’action sociale et de la santé de renforcer les partenariats intersectoriels, et la Plate-Forme de Concertation pour la Santé Mentale de la Région de Bruxelles-Capitale de diffuser ce message et de le réaliser ensemble. Ce moment est très déstabilisant et nécessite des mesures rapides, collectives et efficaces, mais il nous oblige aussi à anticiper la question : « que faire après la crise face au manque chronique de solutions de logement durable pour les sans-abri, d’autant plus sera plus grand ? " Les espaces de réception et les chambres d’hôtel exceptionnelles seront nettoyées et les temps anciens avec leur manque criant de logements décents réapparaîtront bientôt.

La Plate-Forme de Concertation pour la Santé Mentale (PFCSM) appuie l’étude de 2018 de La Strada - le prédécesseur de Bruss’Help - "5 ans de Housing First dans la Région de Bruxelles-Capitale" [3]. « Le Housing First est un élément clé mais ne constitue pas la solution unique contre le sans-abrisme. Depuis 2015, la Strada insiste sur l’importance de cette approche intégrée52, où les secteurs connexes et les différentes compétences politiques jouent un rôle primordial. En Finlande, un des seuls pays d’Europe où le nombre de personnes sans abri et mal logées diminue, la lutte contre ce fléau est une compétence partagée. Non seulement l’aide aux personnes est impliquée, mais aussi l’environnement, la santé et la justice : autant de départements qui partagent la responsabilité de viser une société libérée du sans-abrisme. (…) Chaque personne sans abri a besoin d’un logement, quelles que soient les éventuelles autres problématiques présentes. Parallèlement, la prévention constitue une autre priorité sur laquelle il faut pouvoir davantage mettre l’accent. Les revenus disponibles restent sous le seuil de risque de pauvreté et la situation du logement des personnes demeure précaire. L’abaissement des seuils d’accès des personnes en difficultés aux ressources de la société apparaît dès lors comme essentiel. Les équipes HF montrent que reloger un public extrêmement vulnérable et ‘difficile’ est de l’ordre du possible. "

La Plateforme de Concertation a mis en place un groupe de travail « Logement et santé mentale » depuis 2012, élargi en 2016 à la pauvreté et au handicap et soutient l’organisation à but non lucratif Bru4Home, qui s’efforce de trouver des solutions innovantes dans le contexte d’une crise du logement à long terme à Bruxelles. Elle espère ainsi contribuer aux efforts grandeur nature que le secteur de l’aide aux sans-abri déploie hier, aujourd’hui, demain et chaque jour pour aider les nombreux sans-abri de Bruxelles.

La PFCSM remercie Bram Van De Putte et tous les membres de l’équipe de l’asbl DIOGENES asbl pour leur créativité et leur dévouement ainsi leur croyance en un monde meilleur pour tous.

Greta Leire, 28 mars 2020, PFCSM

L’article en version NL est disponible sur le site du KennisCentrum WWZ