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Pour une politique migratoire de gauche

Entretien avec François Gemenne, dans le magazine Agir par la Culture n°57 / Printemps 2019

François Gemenne dirige à l’Université de Liège le Centre de recherches consacré aux migrations et à l’environnement. Il est aussi enseignant dans différentes universités en France et en Belgique. Il a coécrit, avec Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du Monde, « Au-delà des frontières. Pour une justice migratoire », qui trace des perspectives nouvelles pour les politiques d’asile et d’immigration, bien éloignées des attitudes de fermeture, de rejet, et d’instrumentalisation dont sont victimes les migrants. Il y a bien une alternative progressiste et humaniste face à une politique européenne de repli et de contrôle.

Extraits choisis

Comment pourriez-vous définir une politique migratoire de gauche ?

une politique migratoire de gauche, c’est une politique qui penserait le caractère structurel des migrations comme une transformation fondamentale de nos sociétés. Aujourd’hui encore, on a tendance à considérer l’immigration comme un problème conjoncturel à résoudre, comme une sorte de crise à gérer. Ce qui empêche de développer des directions positives sur cette question. On est donc dans une optique défensive où il va sans cesse s’agir de réagir, voire de limiter les migrations. Un peu comme si on considérait toujours les migrations comme une anomalie qui n’existerait pas dans un monde idéal. Je crois que la priorité justement d’une politique migratoire de gauche, ce serait de reconnaitre à la fois le caractère structurel des migrations et le fait qu’il s’agit d’un droit fondamental de la personne.

Quel diagnostic faites-vous en tant que spécialiste de la philosophie politique sur le monde d’aujourd’hui ?

(...) on reste aujourd’hui bloqué dans des structures et dans des cadres de pensée qui ont été mis en place dans le passé, il y a parfois très longtemps, et qu’on ne parvient pas vraiment à renouveler. (...) Sur la question de l’immigration, je trouve que nous restons coincés dans ce que j’appelle le paradigme de l’immobilité. C’est-à-dire l’idée que dans un monde idéal, les gens ne migreraient pas, et donc que les migrations sont une sorte d’anomalie. Ce paradigme de l’immobilité, je le fais remonter aux traités de paix de Westphalie de 1648 qui vont définir l’État tel qu’on le connait aujourd’hui : à chaque territoire va correspondre une population à laquelle va correspondre un souverain, comme s’il y avait une sorte de superposition des frontières géographique, démographique et politique.

Or, aujourd’hui, ce qu’on voit, et je pense que c’est cela qui provoque les crispations et la crise de la démocratie qu’on connait actuellement, c’est que cette superposition de trois types de frontières ne tient plus du tout.

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