CBCS - Conseil Bruxellois de Coordination Sociopolitique
Pour les professionnels du social-santé à Bruxelles

Pourquoi parler d’aide alimentaire aujourd’hui ?

FOCUS SUR... l’aide alimentaire. Pourquoi ce sujet intéresse le CBCS en ce début d’année 2020 ? L’aide alimentaire, comme réponse à l’insécurité alimentaire (lire plus dans la presse), est à remettre sans cesse en débat, en question. Mais d’autant plus actuellement, en regard des nouvelles orientations que pourrait prendre le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD), premier fournisseurs de denrées distribuées gratuitement en Belgique. Eclairages et suggestions de lecture avec Deborah Myaux, coordinatrice de projets à la Concertation Aide Alimentaire (FdSS).

JPEG - 2.2 Mo

En matière d’aide alimentaire l’avenir est incertain ! Le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) qui fournit une part importante de l’aide alimentaire est en négociation depuis plusieurs mois en vue de l’adoption d’un nouveau cadre règlementaire pour la période 2021-2027.

En Belgique, l’enveloppe disponible dans le cadre du FEAD est utilisée pour acheter et distribuer gratuitement une vingtaine de denrées alimentaires de base via un vaste réseau d’associations et de CPAS. Il s’agit de produits de conservation longue comme du lait, du riz, des pâtes, des légumes en boîtes ou encore des plats préparés en conserves, reconnaissables au drapeau européen qui figure sur les emballages. Ces denrées sont destinées à « être distribuées gratuitement et exclusivement aux plus démunis qui peuvent en bénéficier », c’est-à-dire des personnes dont le revenu se situe en dessous du seuil de pauvreté. Les distributions alimentaires doivent obligatoirement être couplées à des mesures d’accompagnement social : orientation vers le CPAS, sensibilisation, conseils culinaires, etc. Lire à ce sujet "Snijboontje BIS : haricots verts, aide d’urgence, sens du travail social,..."

En ce mois de janvier, nous entrons dans la dernière année de fonctionnement du FEAD. Dans les prochaines années, tant les montants alloués au futur fonds que la forme de l’aide pourraient évoluer. Et si, sur la forme, le projet de Règlement proposé par la Commission européenne prévoit grosso modo le maintien du FEAD tel qu’il existe actuellement ((les états membres ont le choix de faire de l’aide alimentaire, de l’aide matérielle ou de l’accompagnement social), c’est surtout sur le montant du budget qui sera alloué à ce fonds que le doute plane.

Si rien n’est encore joué, les prochaines semaines seront décisives.

Garantir l’aide alimentaire ?

De nombreuses organisations qui distribuent de l’aide alimentaire sont soucieuses de maintenir le FEAD comme source d’approvisionnement stable en produits de qualité. D’autres préféreraient pouvoir compter sur une enveloppe financière qui leur permettrait d’offrir un service « sur mesure » aux personnes auxquelles elles s’adressent. C’est le cas par exemple de certains restaurants sociaux qui préféreraient pouvoir bénéficier du soutien du fonds pour acheter les produits qu’ils souhaitent en vue de composer les menus comme ils l’entendent ou pour contribuer aux salaires du personnel.

Le SPP Intégration sociale quant à lui a déjà annoncé qu’il veut mettre en place les grandes lignes du futur programme dès maintenant pour éviter autant que possible qu’il y ait des ruptures dans les approvisionnements entre les deux périodes de programmation.

JPEG - 550.5 ko

Questionner l’aide alimentaire !

Faut-il en effet se satisfaire de l’aide alimentaire telle qu’elle fonctionne aujourd’hui ? Certes, elle apporte des ressources sur lesquelles les personnes les plus fragilisées peuvent compter et c’est déjà ça ! Mais il est également essentiel de ne pas faire l’impasse sur les questions et les problèmes nombreux que le modèle de l’aide l’alimentaire soulève trop souvent. Doit-on se satisfaire, en effet, qu’un nombre important de nos concitoyens n’aient pas le choix de ce qu’ils vont manger ? Qu’ils aient difficilement ou pas du tout accès à des produits respectueux de leurs préférences gustatives, culturelles, de leur religion ou de leur santé ? Que des personnes doivent passer des temps, souvent très longs, à attendre pour avoir un colis alimentaire ? Que les mêmes personnes doivent dans certains cas subir des enquêtes sociales à répétition pour avoir en retour quelques boîtes de conserves, quelques litres de lait et quelques légumes ? etc. Comment s’orienter vers un système social et alimentaire plus respectueux des personnes qui permettrait la participation aux décisions, qui donnerait une liberté de choix aux personnes ? ... Lire à ce sujet les expériences de co-construction d’un discours sur l’aide alimentaire ici et , autant d’alternatives pour transformer le travail social.

Il s’agit donc de remettre sans cesse en chantier les manières de faire dans l’aide alimentaire. D’ouvrir également des espaces de débat concernant la pertinence de ce mode d’intervention dans notre société. L’aide alimentaire, comme réponse à la pauvreté est à remettre sans cesse en question : quels sont la place et le rôle de l’aide alimentaire par rapport à notre système de protection sociale ?

C’est ce à quoi tente de contribuer cet ouvrage collectif : "Aide alimentaire. Les protections sociales en jeu". Initié par la Concertation Aide Alimentaire (FdSS-FdSSB) en collaboration avec le CBCS, il rassemble les contributions de dix auteurs provenant de différents horizons et explore l’aide alimentaire sous différents angles : à la lumière de l’histoire politique, sociale et économique ; du terrain, d’expériences menées dans le champ de l’alimentation durable.

On vous conseille aussi vivement d’aller voir "FAIM de vie" le 14 février 2020 à Bruxelles Laïque, conférence gesticulée qui propose un regard décalé et théâtral sur la question ! Pour réserver, c’est par-ici !

Parce que "politiser la question de l’aide alimentaire est essentiel pour éviter de la banaliser !"

Deborah Myaux (FdSS), 20/01/2020