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VNOUS : un documentaire sur « ceux qui frappent à la porte de leur avenir »

Ce 2 décembre, le Théâtre de Poche organisait en avant-première un ciné-débat autour du documentaire Vnous. "VNous", néologisme, fait référence aux citoyens belges qui se mobilisent pour accueillir ceux que l’Europe rejette hors de ses frontières quotidiennement. Pendant un an, Pierre Schonbrodt, réalisateur pour le Centre d’Action Laïque s’est invité au domicile d’hébergeurs. Résultat : Un grand saut dans un univers terriblement émouvant, éclaboussé d’humanisme.

JPEG - 105.6 koEn 2017, le CAL lançait une campagne intitulée « Pas de murs à nos frontières ! » pour revendiquer la libre circulation de tous. Pour le Mouvement laïque, la liberté de circulation pour tous est plus que jamais un objectif à atteindre par étapes progressives.

Des étapes qui pourraient être, entre autres et par exemple, la suppression des centres fermés et des retours forcés ; l’instauration d’un droit de séjour automatique d’une certaine durée permettant au migrant d’avoir une chance de mettre en œuvre son projet de vie dans le pays d’arrivée, la suppression des visas (comme c’est déjà le cas pour les Européens au sein de l’Espace Schengen) permettant à chacun d’entrer sur un territoire pour y entamer des procédures de séjour, etc.

C’est empreint de cette réflexion que Pierre Schonbrodt, réalisateur pour le CAL a filmé des scènes quotidiennes de la vie des VNOUS, hébergeurs de migrants fuyant leur pays.

"Si l’Europe n’est pas cet endroit, où est-il ?"

2017, Hannut, en Wallonie, à 65 km de Bruxelles. Un médecin de famille se souvient du drame vécu par les Boat People dès 1975.où plus de deux millions de personnes ont quitté leur pays ravagé par la guerre, en quête de liberté. A l’époque, la Belgique accueille 2000 réfugiés politiques vietnamiens. Une situation que le médecin met directement en lien avec l’arrivée de migrants dormant dans le Parc Maximilien à Bruxelles : « Il n’y a pas de raisons que la Belgique ne fasse rien maintenant ». Hélas, le discours politique actuel est aux antipodes de ce qu’il était à l’époque…

Dans le village wallon, la mobilisation se fait alors massive. De très réguliers allers-retours d’hébergeurs s’organisent jusqu’au parc Maximilien. Au plus fort de cette période d’accueil hannusien, jusqu’à 41 personnes ont pu être hébergées en une soirée. En famille, dans une ferme, d’autres dans un camping créé pour répondre à la demande. Un camping solidaire né d’une vocation, celle de « rendre ces migrants visibles », de véhiculer un message dans les localités rurales : « n’ayez pas peur de ces personnes ».

Les VNous, c’est une action politique dans le sens noble du terme. Un investissement parfois passablement perturbé par des coups de fatigues et des craintes. Un médecin engagé témoigne aux premières loges de blessures de certains nouveaux venus ayant tenté d’échapper à des opérations policières.

De ces vis-à-vis filmés intimement peuvent transparaitre aussi des doutes. Un tel accueil pourra-t-il se poursuivre sur le long terme dans un contexte géographique qui ne lui est pas parfaitement favorable ? Hannut est située à seulement 6 km de la Flandres. Et le Vlaams Belang est actuellement deuxième parti en Belgique…

Mais au-delà des moments de doutes, c’est aussi faire la fête aussi, souvent. Voir se renforcer un véritable noyau de solidarité. Vivre une nouvelle forme d’humanité au quotidien. La dynamique villageoise est donc perçue comme une chance aussi.

Le documentaire est rythmé, ponctué en voix–off de poèmes, témoignages collectés par le Medex, musée ephémère de l’exil. Petite voix parmi d’autres dans les textes lus, un migrant s’interroge sur un possible lieu de répit. "Si l’Europe n’est pas cet endroit, où est-il ?" Des aveux qui entrent en parfaite résonnance avec le sujet.

Entre essouflement et indignation

Après la projection, le CAL réunissait, dans un débat, Pierre Schonbrodt, Medhi Kassou et Ariana Costa Santos représentants de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés et également à Pierre-Arnaud Perrouty, directeur de la Ligue des Droits Humains.

Si le réalisateur salue la mobilisation citoyenne extraordinaire, il regrette que politiquement, personne n’ait pris le flambeau. « J’aurais vraiment beaucoup aimé avoir du neuf à filmer pour donner une suite à ce film... »

La Plateforme tempère. Pour Adriana Costa, d’origine portugaise, arrivée en Belgique il y a quatre ans « les citoyens belges sont devenus des experts de l’accueil, de la résistance, de la mobilisation citoyenne. N’oublions pas qu’au départ, on en était uniquement à la distribution de sacs de couchages. »

Medhi Kassou prend également un certain recul : « Quand on regarde l’humanisme de la Belgique francophone par rapport au reste de l’Europe, on est assez exemplaires. Nous avons été des milliers à nous mobiliser. Bien sûr, il faut articuler l’hébergement des personnes avec des solutions qui seraient poussées par le gouvernement fédéral. C’est décourageant parfois. Mais il y a des lignes qui bougent. Je suis un optimiste à long terme. C’est ce qui me permet de tenir. »

En cet hiver 2019, la Plateforme se réjouit surtout du soutien obtenu par la nouvelle législature de soutenir la Porte d’Ulysse [1].

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Dans le doute, un spectateur interpelle la Ligue des Droits Humain : « Est-il légal d’héberger des migrants ? » Pierre-Arnaud Perrouty le rassure : « Héberger de manière désintéressée est parfaitement légal ! (note bas de page mais le fait d’être sans papier est considéré comme un délit en Belgique). Il existe malheureusement une volonté de certaines autorités de créer du flou autour de cette question. Historiquement, ça a toujours été un classique de faire peur à tout mouvement qui bouscule l’ordre établi. »

Une autre inquiétude pointe au cœur du débat, l’hébergement des MENA, Mineurs étrangers non accompagnés, chez des particuliers qui peut être synonyme de séquestration de mineurs. La Plateforme confirme que depuis quelques mois, pour cette raison, un mot d’ordre circule chez les migrants de moins de 18 ans : refuser à se déclarer mineurs. L’influence des passeurs y est pour beaucoup. Ces derniers ont tout intérêt à ce que les jeunes poursuivent leur route la plus longue possible. Le vrai danger est que ces mineurs se mettent ainsi spontanément en danger.

« Heureusement, la situation s’améliore » soutient Adriana. « On organise des rencontres au Hub humanitaire avec les autorités et toute une série d’acteurs qui proposent une prise en charge globale aux MENA : tuteurs, Mentor Escale, SOS jeunes...Des protocoles d’accompagnement de ces mineurs sont maintenant mis en place. Ils permettent de créer des liens de confiance, de trouver des consensus... ».

Vinciane Colson, journaliste au CAL insiste sur l’importance de réclamer La Libre circulation pour tous. « Cela va se faire par étapes successives. Mais pour y arriver, il faut mettre en œuvre de nouvelles façons de fonctionner et c’est bien ce qui caractérise la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés ».

C.VDB, le 06/12/2019

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VNOUS est actuellement diffusé en Wallonie.
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